Penser à reprendre un job après une année Freelance difficile, ou lorsque celle qui arrive s’annonce déjà compliquée, n’est pas un réflexe honteux. C’est souvent le premier signe que tu regardes enfin la situation telle qu’elle est, et non telle que tu aimerais qu’elle soit.
Au programme
Ce qui pose problème, ce n’est pas l’idée du salariat temporaire.
C’est la manière dont cette idée s’installe : en arrière‑plan, jamais tranchée, jamais cadrée, utilisée comme soupape mentale pour supporter une situation qui dure.
Beaucoup de Freelances préfèrent continuer à “tenir encore un peu” plutôt que de poser une vraie décision. Non pas par stratégie, mais parce que décider oblige à renoncer à certaines projections de vie, désirs ou rêves.
Cet article ne cherche pas à dire s’il faut ou non reprendre un job.
Il sert à éviter que ce choix devienne un glissement passif, dicté par l’usure plutôt que par une analyse froide.
Avant tout : se demander pourquoi
Cette question est la plus importante. Elle est aussi simple que violente, puisqu’elle est à deux options :
- Pour reprendre des forces le temps de relancer ton activité ;
- Pour basculer vers le salariat sans vraiment l’avouer, parce que tu en as marre du Freelancing.
L’article pourrait s’arrêter là, tellement cette question est fondatrice dans la démarche.
Mais continuons.
Étape 1 — Se fixer des limites de temps
Tant qu’aucune limite n’est posée, tu ne traverses pas une mauvaise passe.
Tu t’installes dans une zone floue, où chaque mois ressemble au précédent.
Une limite de temps n’est pas une menace que tu te fais à toi‑même.
C’est un outil de lucidité. Elle t’oblige à regarder si les actions que tu mènes sont réellement alignées avec le résultat que tu attends.
Sans échéance, tu peux toujours te dire que “ça va finir par payer”.
Avec une échéance, tu es obligé de répondre à une question simple : « est‑ce que ce que je fais aujourd’hui est suffisant pour justifier de continuer ? »
Ne pas poser de borne, c’est accepter que la situation se prolonge par défaut.
Et un défaut n’est jamais une stratégie.
Étape 2 — Évaluer l’inertie du retour à l’emploi
Reprendre un job est souvent présenté comme une solution rapide. Dans la réalité, c’est rarement le cas.
Il existe presque toujours un délai incompressible entre la décision et l’effet réel : mise à jour du CV, du portfolio, recherche, entretiens, délais internes, prise de poste, période d’essai…
Pendant ce temps, ta situation Freelance continue d’évoluer, souvent sous tension.
Sous‑estimer cette inertie revient à croire que tu peux “attendre encore un peu” sans risque.
En pratique, plus tu déclenches tard, plus le retour à l’emploi devient une réaction à l’urgence, pas une décision réfléchie.
Cette étape sert à répondre à une question inconfortable :
si rien ne s’améliore d’ici X semaines, est‑ce que j’ai encore la marge nécessaire pour choisir sereinement ?
Étape 3 — Déterminer la mobilisation réelle du job
Le débat full‑time vs temps partiel est souvent mal posé.
Le vrai sujet n’est pas contractuel. Il est cognitif et énergétique.
Un job consomme de l’attention, de la disponibilité mentale, de la capacité à décider.
Même à temps partiel, il impose une structure qui entre en concurrence directe avec ton activité freelance.
Beaucoup surestiment leur capacité à “tout mener de front”. Non pas parce qu’ils manquent de discipline, mais parce qu’ils ignorent le coût invisible de la fragmentation.
La bonne question n’est donc pas : « est‑ce que j’ai assez d’heures pour continuer à relancer mon activité Freelance ? » mais plutôt : « est‑ce que ce job me laisse suffisamment de bande passante pour piloter une activité, et non pas seulement l’empêcher de mourir ? »
Étape 4 — Formaliser un plan clair
Reprendre un job sans plan explicite pour un•e Freelance, c’est une façon élégante de laisser mourir son activité, sans l’assumer.
Deux options existent réellement :
- Mettre son activité Freelance en pause, volontairement et proprement,
- Organiser une cohabitation stricte, avec des règles non négociables.
La cohabitation floue est la pire des options.
Elle maintient l’illusion que “tout est encore possible”, tout en empêchant toute progression réelle.
Un plan clair ne te garantit pas la réussite. Mais il évite une chose essentielle : l’auto‑tromperie.
Étape 5 — Définir les conditions de sortie du salariat avant d’y entrer

Reprendre un job sans définir les conditions de retour au Freelance, c’est accepter que cette étape devienne permanente. Et dissimuler le fait qu’on tue son activité Freelance.
Avant même de t’engager sur la voie de l’emploi salarié, tu dois savoir :
- Ce qui déclenche la sortie du job (exemple : retrouver un volume de CA mensuel X, répété pendant 6 mois),
- Ce qui la rend impossible (exemple : impossible tant que je n’ai pas 6 mois d’avance de fond de roulement),
- Sur quelle durée tu observes les indicateurs (6 mois ? 1 an ?).
Sans cela, le job n’est pas une étape.
C’est un atterrissage, souvent justifié après coup par des arguments rationnels.
Plus tu repousses la définition de ces critères, plus tu rends le retour coûteux — psychologiquement, logistiquement, identitairement.
Année difficile : les autres pistes à explorer
Une année difficile ne signifie pas forcément que ton activité Freelance est à abandonner.
Elle peut être le fruit d’une offre pas claire, de l’absence de communication et/ou d’actions commerciales, ou d’un marché difficile. Tout ça, ça s’observe, et ça « se corrige ».
Avant de basculer vers un job classique, certaines options méritent donc d’être considérées :
- Ajuster le statut pour réduire la pression financière (repasser d’EURL/SASU à AE) ;
- négocier un format long avec une agence ou un client (quitte à baisser son CA mensuel) ;
- transformer une relation existante en collaboration plus stable.
Ces options ne sont pas “moins ambitieuses”.
Elles sont parfois plus cohérentes que de repartir dans un salariat subi, simplement parce qu’il rassure à court terme.
Quoi retenir ?
- Reprendre un job n’est ni une solution miracle, ni un échec. C’est une décision structurelle qui mérite d’être traitée comme telle.
- Ce qui compte n’est pas le choix du retour au salariat en lui‑même, mais le fait de le poser consciemment, avec des limites, des critères et un plan.
- Avant de prendre un décision, n’oublie pas de prendre en compte l’analyse de ton année précédente, et les projections sur l’année en cours et la suivante.
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Tu pense à revenir au salariat mais tu te poses encore des questions ?
C’est entièrement normal, et c’est même très sain. Si tu as besoin d’aide, je suis là !